11 Jui 2015

Amorphis : Entrevue vidéo exclusive au Maryland Deathfest

MusikUniverse s’est entretenu avec la formation finlandaise Amorphis lors de son unique passage en sol nord-américain au Maryland Deathfest.

Le chanteur Tomi Joutsen et le guitariste Esa Holopainen se sont montrés très généreux dans leurs réponses, nous donnant beaucoup de détails sur le nouvel album à paraître, à travers quelques mots français et de nombreuses plaisanteries! Bonne écoute!

MU : Bienvenue de ce côté-ci de l’Atlantique!

Tomi et Esa : Merci beaucoup!

MU : C’est super que vous soyez ici, c’est de la belle visite rare! Avez-vous eu le temps de profiter du festival un peu depuis votre arrivée?

Esa : Non, on est arrivé hier…

MU : Donc vous avez manqué Bloodbath…

Tomi : Oui, mais j’ai vu des photos sur Instagram, donc c’est comme si je les avais vus!

MU : Sauf que tu ne les as pas entendus…

Tomi : Non... En fait, j’étais trop paresseux pour aller au festival. Aujourd’hui, j’aurais eu plein de temps, mais j’étais trop fatigué à cause du décalage horaire. Ce n’est pas une bonne excuse, je sais.

MU : Vous profitez plutôt du beau temps.

Tomi : Oui. Mais je pense qu’on va avoir l’occasion de les revoir à Tuska en Finlande.

MU : Je crois que c’est votre troisième spectacle depuis le début de l’année, après le 70000TONS en janvier et Ragnarök le mois dernier. Parlant du 70000TONS, en quoi votre expérience a-t-elle été différente cette fois, étant donné que c’était votre deuxième croisière et que vous saviez à quoi vous attendre de ce festival de fou? Qu’avez-vous apporté de différent dans vos valises?

Esa : Moins de vêtements! Haha! Le bateau était plus gros. C’était le fun, vraiment relax. La dernière fois, nous étions allés au Mexique. Ah, et nous avions aussi fait un spectacle à Los Angeles. Cette fois-ci, nous sommes venus seulement pour le 70000TONS. Nous sommes allés quelques jours à Miami Beach. Nous avons pris le temps de relaxer et de profiter du voyage comme si c’était des vacances. C’est une belle croisière, avec beaucoup de gens bien.

MU : Beaucoup de gens saouls aussi!

Tomi : Pas tant que ça, comparativement au traversier en Finlande.

Esa : Tu devrais essayer une croisière en Finlande!

Tomi : Les gens sur cette croisière métal sont vraiment polis. Aucune bataille ou autre truc du genre.

MU : Les Finlandais ne se battent pas?!

Tomi : Non, mais ils sont tout le temps défoncés! Sur le 70000TONS, les gens se conduisent bien. Sur le traversier en Finlande, c’est un désastre total! Mais c’est le fun de faire cette croisière métal. C’est complètement différent. Il y a beaucoup d’excellents groupes. J’ai vu Napalm Death deux fois, et Venom. C’était génial. J’espère vraiment qu’on va pouvoir y retourner.

MU : Moi aussi!

Aujourd’hui, vous jouez Tales from the Thousand Lakes dans le cadre de la tournée anniversaire. Ça doit sûrement vous rappeler plein de beaux souvenirs de jouer ces chansons? Avez-vous l’impression de retomber à 20 ans, ou est-ce que ça vous fait plutôt sentir vieux?

Esa : Ça ne nous rajeunit certainement pas! Haha! Cet album remonte à très longtemps. C’est plaisant de rejouer ces chansons. Nous n’aurions pas pu offrir ce niveau de production à l’époque, lorsque l’album est sorti. Le son de nos spectacles était merdique dans ce temps-là. Ce qu’on présente aujourd’hui est plus au goût du jour. Mais c’est vraiment le fun! Il y a certaines chansons de Tales qu’on joue souvent…

MU : Oui, deux-trois que vous faites pas mal à tous les shows.

Esa : Oui, mais là, on les joue toutes. C’est le fun.

MU : D’où vous est venue cette idée de tournée anniversaire? Diriez-vous que c’était davantage un cadeau pour les vieux fans ou un cadeau pour vous-même, en tant que groupe?

Esa : On reçoit un meilleur cachet! Haha!

MU : Comment ça? Il y a plus de monde quand vous jouez les vieilles chansons?

Esa : Haha! Non, je ne me souviens pas d’où est venue l’idée, en fait.

Tomi : Je pense que ce sont les gars de Nuclear Blast qui nous en avaient parlé il y a plusieurs années. Ils disaient que ce serait bien de faire des spectacles avec les vieilles chansons de Tales. Je ne sais pas quelle était la « raison ». Mais je trouve que c’est cool de voir autant de gens venir à ces shows. On sait que nous avons beaucoup de vieux fans qui n’écoutent que les deux ou trois premiers albums. C’est intéressant de voir le nombre de personnes qui viennent. Évidemment, ce n’est pas la seule raison.

Esa : Je pense que c’était durant l’une des dernières parties de la tournée pour Circle. Nous avons parlé de l’idée ensemble. Étonnamment, tout le monde était d’accord pour dire que ce serait amusant. Et c’était une période où nous avions des dates disponibles, avant de commencer à travailler sur le nouveau matériel.

MU : Amorphis fête ses 25 ans d’existence cette année. Félicitations! Un quart de siècle… en parlant de vieux! Haha! J’ai entendu dire que Markus Laakso prépare un livre sur vous. À quoi peut-on s’attendre dans ce livre exactement? À part plein de mots finnois que je ne comprends pas…

Esa : On espère qu’il va être traduit!

Tomi : En français, bien sûr!

MU : Juste pour nous!

Esa : Je pense que c’est un livre très honnête sur le groupe. Nous n’avions pas vraiment de filtre.

MU : Ça va parler de votre histoire, avec plein de photos?

Tomi : Oui, je pense que ça va être plus un livre sur notre histoire. Ça ne sera pas… Je pense que la majeure partie va parler des débuts du groupe.

MU : Donc tu ne seras pas dedans!

Tomi : Non, juste quelques commentaires ici et là…

Esa : Il va être à la dernière page! Haha!

Tomi : Je pense que la partie la plus importante et intéressante du livre sera celle sur les débuts. C’était une période charnière pour la scène death métal.

MU : Et de nos jours?

Tomi : Je ne sais pas! Ce que je veux dire, c’est que c’est surtout un livre d’histoire, pas un livre de potins. Pas d’histoires compromettantes…

Tout le monde : C’est poooooooche…

MU : Cette année, ça fait 10 ans que vous avez les mêmes membres au sein du groupe. C’est vraiment cool, félicitations! Mais ça ne doit pas toujours être facile de s’endurer? Qui parmi vous six a le plus mauvais caractère?

Esa : Les autres gars!

MU : Évidemment, la réponse facile! Haha!

Esa : Oui, ils sont horribles! Non, justement, et je pense que c’est l’une des raisons pour laquelle nous sommes ensemble depuis si longtemps.

MU : Vous êtes tous si gentils! …ou avez tous mauvais caractère?

Esa : C’est ça! Haha! Non, je pense qu’on s’entend bien ensemble. Évidemment, on a tous des journées plus difficiles, c’est ça la vie. Mais on n’a pas de grosses querelles. On essaye de se dire rapidement les choses qui nous dérangent, d’en parler tout de suite… ou pas! Haha!

MU : Ou pas! Vous buvez pour oublier!

Tomi : Ouin! Ouin… Je ne me souviens plus qui nous disait ça, justement, que c’était bizarre qu’on ne se chicane jamais… Est-ce que c’était notre producteur actuel?

 Esa : Jens? Je pense que c’était Jens, oui.

Tomi : Oui, Jens Bogren, qui produit notre nouvel album. Il disait que dans presque tous les groupes, il y a quelqu’un qui est plus « difficile ».

MU : Justement, c’est ça que je voulais savoir! Vous ne me donnez rien, là!

Tomi : Mais ce n’est pas notre cas! Haha! Je pense que c’est cool. C’est vraiment facile de partir en tournée quand on peut tous voyager dans le même autobus sans se chicaner.

MU : Ça veut dire que vous allez rester ensemble pendant encore 20 ans?

Tomi : Ouf, je ne sais pas…

MU : Il y a deux ans, vous avez fait une grosse tournée mondiale pour promouvoir Circle. Mais l’Amérique du Nord et le Canada ont été exclus. Vous avez souvent parlé de revenir en tournée ici ces dernières années. Pourquoi ça n’a pas encore fonctionné? Parce que tu perds la voix chaque fois que vous venez en tournée ici?

Tomi : Oui, c’est ça!

MU : Donc vous faites exprès pour nous éviter!

Esa : Évidemment que nous y pensons constamment. On se disait que ce serait super de faire quelque chose.

MU : Oui, parce qu’une seule date… Et on a dû voyager 1000 km pour venir vous voir!

Esa : Ce n’est pas aussi simple. À nos débuts, on est venu très souvent ici. Puis à un certain moment, on ne voyait plus… Comment je pourrais dire ça d’une façon correcte… On ne voyait plus l’intérêt de venir en tournée ici. Il y a seulement les grosses villes qui rendent une tournée possible. Une fois, par exemple, nous avons donné six concerts uniquement dans l’état de New York. Et le seul qui était plein était celui dans la ville de New York. Les autres n’étaient que du « remplissage ». On a commencé à se dire que ce n’était plus pertinent, que ça n’aidait pas notre carrière. Mais ça reste que nous y pensons tout le temps.

MU : Donc vous ne nous avez pas complètement abandonnés?

Tomi : Non, vraiment pas! C’est vraiment difficile et dispendieux. Évidemment, c’est beaucoup plus facile pour nous de faire des tournées en Europe.

MU : C’est plus près de chez vous.

Tomi : Ce n’est pas juste ça. Mais, dans un sens, oui. Quand on part en tournée en Europe, on n’a pas à voyager 1000 km par jour. Aux États-Unis, il faut faire environ 30 spectacles. Et là-dessus, il y a peut-être 10 spectacles qui sont pleins. C’est cool, mais c’est tellement cher. Et on ne veut pas voyager dans une fourgonnette parce qu’on est vieux et on a mal au dos! Haha! C’est aussi notre gagne-pain. C’est difficile de rentrer à la maison après 5 ou 6 semaines avec les poches vides! Et ça dépend aussi des offres qu’on reçoit.

Esa : C’est difficile à expliquer. Mais oui, si quelque chose d’intéressant se présente…

MU : Pour le nouvel album, peut-être?

Esa : On l’espère!

MU : Vous êtes très productifs, vous sortez un album tous les deux ans. D’ailleurs, vous venez tout juste de terminer l’enregistrement du successeur de Circle. Pouvez-vous nous parler de la direction que vous avez prise avec ce nouvel album, avec le nouveau directeur?

Esa : Je pense que ça va être un album assez surprenant.

MU : Même son que Circle? Plus heavy?

Esa : En partie, oui, probablement un peu plus heavy. C’est vraiment dur à dire. Jens est en train de faire le mixage. Mais ce qu’il a fait jusqu’à maintenant, c’est très très bon. Il y a quelques musiciens invités. C’est quoi son nom… Chrigel de Eluveitie. Il joue de la flute. Quoi d’autre… Il y a aussi Lopez, l’ancien drummer de Opeth, qui joue du tambour. À l’étape de la pré-production avec Jens, il voulait augmenter le tempo. Je ne pense pas qu’il y ait de chanson lente…

Tomi : Non, il n’y a pas vraiment de ballade. Pas cette fois. Jens déteste les ballades! Mais c’est dur à dire parce qu’on a enregistré 13 chansons et il va y en avoir seulement 10 sur l’album.

MU : Les autres vont être des bonus?

Tomi : Oui. On n’a pas encore décidé lesquelles vont être sur l’album. Je pense que Jens va avoir son mot à dire là-dessus. Donc on ne sait pas encore à quel point ça va être heayv. Mais je pense que ça va être très rapide. Pas de grindcore, mais rapide.

MU : Beaucoup de growls?

Tomi : Oui, bien sûr. Et aucune ballade.

MU : Pourquoi avez-vous décidé de changer de directeur encore une fois et choisi Jens? J’ai cru voir que vous battez vos directeurs. Peut-être qu’ils ne veulent plus travailler avec vous?

Esa : Non…

MU : Non? Tu ne les frappes pas avec ta guitare?

Esa : Ah, oui! Haha! En fait, nous avions pensé à Jens avant de commencer à travailler avec Peter pour Circle. Mais nous avons finalement contacté Peter parce que nous voulions faire un album avec lui. C’était un bon jack… Ehhh, il l’est toujours!

MU : Ouais, il est mort maintenant.

Esa : Haha! Ouais, ça sonnait comme ça! Non non, c’est vraiment encore un bon gars! Je ne sais pas. Nous nous sommes dit que Jens pourrait probablement apporter quelque chose de plus, quelque chose de nouveau à notre musique. On voulait surtout quelqu’un de l’extérieur pour venir répéter et faire la pré-production avec nous. Ce que Jens a fait pour nous est vraiment, vraiment bien, je pense. Il est très précis sur tout, tous les détails. Je comprends très bien pourquoi les groupes veulent travailler avec lui. Ça me rend nerveux parce qu’il te fait jouer comme personne d’autre.

MU : C’est un perfectionniste.

Esa : Vraiment. C’est parfois frustrant, par contre. D’habitude, je finis la guitare en 3 ou 4 jours maximum en studio. Mais lui, il voulait 2 semaines! Au départ, c’était 3 semaines! Mais comme on était pressé, on avait seulement 2 semaines. Et là, je me disais « 2 semaines pour la guitare… »

MU : T’es si mauvais?!

Esa : C’est ça! Mais c’est un gars qui accorde beaucoup d’importance aux détails, dans tout. Il vit les chansons, je pense qu’il les connaît encore mieux que nous. C’est incroyable.

Tomi : C’est un vrai producteur. Il a plein d’idées et quand il a quelque chose en tête, il y tient. Il est toujours ouvert aux autres idées, mais… je pense qu’il veut vraiment y aller avec les siennes! Haha! Mais c’est plaisant de travailler avec quelqu’un qui de fortes opinions sur la musique. Quand il a une idée, c’est une idée réfléchie. Il ne décide pas seulement qu’il veut faire quelque chose d’une telle façon parce que c’est ce qu’il veut. Il y a toujours une raison. Il est très professionnel. Je ne sais pas comment il fait pour travailler autant. C’est un maniaque!

MU : Surtout s’il fait ça avec tous les groupes!

Tomi : Oui! Une autre raison pour laquelle nous voulions travailler avec lui : il a fait de l’excellent boulot avec Orphaned Land. Ils ont enregistré leur album avec lui, et c’est un excellent album. Mais c’était une bonne chose à faire. Je pense que nous sommes chanceux parce que maintenant, il ne fait plus que deux albums par année, environ.

MU : Donc il vous a choisi.

Tomi : Si on veut. Il aime faire du mixage, donc c’est ce qu’il fait la majeure partie du temps. Mais il veut aussi produire deux ou trois groupes par année.

Esa : Ouais. C’est super d’avoir fait un album, mais de ne pas savoir du tout comment il sonne! Haha! On ne l’a même pas encore entendu!

Tomi : C’est la vérité! Il a une porte dans son studio qui n’a seulement qu’une poignée à l’intérieur!

MU : Ok! Donc ne pouvez pas entrer! Je ne peux même pas essayer de vous corrompre pour avoir plus d’information sur le nouvel album parce que vous n’en avez pas!

Tomi : Exact. C’est une façon polie de nous dire de crisser le camp! On n’est pas les bienvenus! Haha! Mais c’est correct comme ça. Je comprends très bien, il a besoin de se concentrer.

MU : J’espère que vous allez aimer le produit fini!

Tomi Je ne sais pas, je ne l’ai pas entendu!

MU : Vous avez commencé votre carrière avec le Kalevala, puis vous vous en êtes éloignés pendant un certain temps avant d’y revenir avec Elegy. Une fois de plus avec Circle et le nouvel album, vous laissez le livre de côté. Avez-vous une relation d’amour-haine avec le Kalevala?

Esa : Je ne le vois pas comme ça. Nous faisons maintenant appel à un parolier, Pekka. Il est excellent dans ce qu’il fait et il apporte de très beaux thèmes.

MU : Donc c’est lui qui décide?

Esa : Tomi pourrait t’en dire plus sur les paroles.

Tomi : Quand Pekka commence à travailler, il a un peu carte blanche. Cette fois, il n’avait pas d’histoire conductrice. Il a composé des poèmes et me les a envoyés.

MU : Sur la nature?

Tomi : Je crois que ça cadre bien avec notre musique. Il y a de grands thèmes, comme toujours, sur les animaux et la nature, des réflexions intemporelles sur la vie, de vieilles croyances. Des trucs du genre. C’est quand même inspiré du Kalevala. Ces thèmes ont beaucoup d’importance pour Pekka. Pour lui, c’est très facile d’écrire ce genre de paroles. Jens aime beaucoup l’album aussi parce qu’il travaille habituellement avec des groupes dont les paroles sont axées sur la guerre, les épées, la violence et tout ça. Mais dans le nouvel album d’Amorphis, on parle de fleurs, de nature, de belles choses…

MU : De fées…

Tomi : Oui, de fées! Haha! Mais il aimait vraiment les paroles. Selon lui, c’est de la véritable poésie. Quelque chose de différent.

MU : Comment ça fonctionne, quand vous êtes à l’étape de la pré-production? Tu n’avais probablement pas les paroles en main. Tu faisais quoi, tu fredonnais?

Tomi : Ouais, on arrange les paroles en fredonnant!

Esa : C’est la façon la plus difficile de faire! Haha!

Tomi : Pekka les écrit en finnois, puis il faut les traduire. Et ensuite, on doit les faire concorder avec la musique. C’est vraiment compliqué.

MU : Donc les paroles sont seulement prêtes au moment de l’enregistrement?

Tomi : En fait, cette fois-ci, il y avait un gars de Finlande avec nous à l’étape de la pré-production. Ça lui a pris six jours à harmoniser les paroles avec la musique.

MU : Donc tu les as eues assez tôt.

Tomi : Pas si tôt, mais quand on est entré en studio, les paroles étaient prêtes et c’était la première fois. Normalement, on les arrange en studio et c’est crissement stupide. Mais d’un autre côté, c’est le fun de faire ça comme ça. Quand tu commences ta journée, tu ne sais pas à quoi t’attendre. Ça garde les choses intéressantes, d'une certaine façon. Mais c’est très stressant.

MU : Parlant des paroles, tu as dit dans une autre entrevue : « Les paroles sont très finnoises, dans un sens. Mon ami qui s’occupe de les traduire trouve ça très frustrant, parce qu’il y a souvent de belles tournures avec les mots et la langue, mais ça se perd avec la traduction. » Cela étant dit, pourquoi insistez-vous pour traduire vos paroles en anglais?

Vous aimez vraiment votre ami traducteur et voulez lui donner une job?

Esa : C’est des questions difficiles!

MU : As-tu déjà essayé de les chanter directement en finnois pour voir comment ça sonne? Je pense que vous avez déjà fait une chanson en finnois?

Esa : Ça sonne stupide! Haha!

Tomi : Ça serait étrange. Évidemment que ça serait plus facile pour nous, mais ça serait un peu bizarre. On utilise l’anglais depuis si longtemps, et ça sonne mieux. Il y a beaucoup de groupes finlandais qui chantent en finnois aujourd’hui, ce n’est plus aussi étrange qu’avant. Mais je pense simplement que l’anglais sonne mieux.

MU : Mais on perd quelque chose.

Tomi : Oui, mais je pense que la plupart des gens écoutent davantage la musique que les paroles. Et de toute façon, quand on growl, il n’y a rien à comprendre. C’est toujours la même chose.

Esa : Mais t’as chanté une de nos chansons en finnois l’été dernier?

Tomi : Oui, à Savonlinna.

Esa : Ça sonnait vraiment stupide! Haha!

Tomi : Non! Ok, je m’en vais! Haha! Oui, c’était le fun. En fait, ce n’était pas si bizarre, parce que c’était seulement des growls.

MU : Personne n’a vu la différence?

Tomi : Non!

MU : Pour Circle, vous avez commencé le processus d’enregistrement dans un studio isolé à la campagne. Je vais citer Tomi Koivusaari : « Nous avons choisi Petrax pour que tous les membres du groupe soient en studio 24 heures sur 24. D’habitude, nos meilleures idées nous viennent en tournée lorsque nous sommes saouls. Nous voulions recréer cette atmosphère en studio. » Pour le nouvel album, vous êtes allés enregistrer à Stockholm. Terminé, le contexte isolé? Avez-vous été trop saouls et trop intimes la dernière fois?

Esa : Saouls… idées en tournée… Je ne suis pas sûr de ça!

MU : C’est lui qui l’a dit!

Tomi : Mais il est toujours saoul!

Esa : Ça explique tout!

MU : Il devrait être ici pour nous le dire!

Esa : Non, il est inconscient!

Tomi : Mais en fait, ce n’était pas dans le centre-ville de Stockholm. Ce n’était pas la campagne campagne non plus.

Esa : En banlieue. On a été pogné ensemble pendant…

Tomi : Combien de jours? Six jours? Une semaine? Mais on a seulement enregistré la batterie là-bas. On a enregistré la batterie à Stockholm et les autres instruments à Örebro. C’est là où Jens habite. Il a un studio là-bas.

MU : J’imagine qu’une gang de Finlandais saouls dans l’autobus ou en studio, ça doit avoir des idées pas mal stupides! Est-ce que vous avez eu des idées stupides qui ne se sont pas retrouvées sur l’album?

Tomi : On a souvent plein d’idées, mais personne ne s’en souvient le lendemain matin!

Esa : Tout le monde crie, personne n’écoute! Tout le monde parle en même temps.

Tomi : Toujours les mêmes histoires.

Esa : C’est aussi un signe quand on vieillit, on commence à se répéter. Mais oui… qu’est-ce que j’allais dire… Merde! Ah oui! On n’avait pas le droit de boire au studio! Jens était très stricte là-dessus.

Tomi : C’était vraiment chiant quand il est arrivé au studio. Notre frigo était plein de bière. Il était comme « QUOI?! »

Esa : On avait amené toutes ces caisses de bière du traversier. On est arrivé là avec tout ça, et il était comme « Oh mon dieu! Et vous puez le fond de tonne en plus! » Il nous a même dit qu’on est le groupe le plus malodorant avec qui il a travaillé! Haha!

MU : C’est bon à savoir! Haha!

Tomi : Yeahhhhhhhh! [Exclamation d’un gars un peu trop fier de puer!]

MU : En parlant de souvenirs, vous êtes plusieurs à avoir mentionné dans vos biographies sur le site Web que votre souvenir le plus comique de tournée avait été de « jouer au plus malin » avec des agents frontaliers américains. Qu’est-ce qui s’est passé? Je suis curieuse, j’ai essayé de trouver plus d’information, mais en vain!

Esa : Haha! Ça! On s’est fait arrêter par des patrouilleurs autoroutiers.

MU : Vous alliez trop vite?

Esa : Non, ils cherchaient de la drogue. On lui a dit « Hey, on est un groupe rock de Finlande. On boit, mais on n’est pas assez stupide pour transporter de la drogue dans l’autobus. » Ils ont sorti les chiens renifleurs et tout.

Tomi : Je pense que c’est typique dans ce coin-là.

MU : C’était dans le Sud des États-Unis, je suppose?

Esa : Oui, ça l’était. Je pense que c’était au Nouveau-Mexique. Oui. Et là, il nous a dit qu’il fallait sortir de l’autobus. C’était très tôt le matin. « Vous devriez avouer! Si nous trouvons quelque chose, vous allez être dans le trouble! » On lui a répondu qu’on n’avait vraiment rien. Et là, il a dit « Ok, vous voulez jouer au plus malin, on va jouer au plus malin! » Après avoir fouillé l’autobus pendant un moment, il est sorti avec un petit motton de poussière ou quelque chose du genre. « Regardez ce que j’ai trouvé! Je vous ai eu! » Ils voulaient jouer au plus malin!

Tomi : On a joué au plus malin! Super partie!

MU : Tu l’as finalement fait, tu as finalement coupé tes rastas tout-puissants. Tu n’as pas eu peur de perdre ta puissance vocale en les coupant?

Tomi : Je l’ai perdue!

Esa : Ce n’était même pas des vrais cheveux!

MU : Ahhhh! Des extensions!

Esa : Accrochées sur une casquette, là.

Tomi : C’était un souvenir de la Jamaïque.

MU : Parce que certaines personnes semblent penser que tout est dans les rastas!

Esa : Ça expliquerait certaines choses!

Tomi : Je ne sais pas. Je voulais les couper. L’été arrivait et c’est vraiment tannant en été…

MU : Mais tu les avais depuis toujours, t’étais pas né avec?

Oui, je suis né comme ça.

MU : Avant d’interviewer un groupe, j’aime faire mes recherches pour poser des questions semi-pertinentes… Ce faisant, je suis tombée sur quelque chose de particulièrement… intéressant sur toi! Shemale Baby?! Pourquoi?!

Tomi : Pourquoi pas?

MU : Mais… mais… c’est quoi cette idée?

Tomi : As-tu un problème avec ça?

MU : Non, non, non! Pourvu que tu gardes ta voix, tu peux porter tous les corsets et tout le maquillage que tu veux!

Tomi : Haha! Je pense que c’est un super nom de groupe. Bi-Bubba Lula & The Shemale Babies. C’est crissement bon comme band de rock n’ roll.

MU : Est-ce que c’était juste une fois?

Tomi : Non, c’est un groupe hommage à Turbonegro. On adore ce groupe et on voulait faire quelque chose de spécial. C’est truc avec des amis de ma ville. On joue du Turbonegro et on s’amuse.

MU : Est-ce que je peux te donner quelque chose pour compléter ton costume de scène?

Tomi : Oui, bien sûr! J’espère que c’est un dildo.

MU : Non, c’est mieux que ça…

Tomi Ah ok, c’est le tien…

MU : …

C’est un beau corset!

Tomi : Ohhhhhh! Super! C’est hot en criss! Merci!

Esa : Il va falloir que tu le portes!

MU : Oui, il va falloir.

Tomi : Je promets que je vais le porter.

MU : Vraiment?

Tomi : Oui, bien sûr!

MU : Et qu’est-ce qui arrive avec tes autres projets, comme Sinisthra et Corpse Molester Cult? J’ai entendu dire que Corpse Molester Cult a été signé?

Tomi : Sinisthra n’est plus vraiment actif.

MU : Non? Vous n’étiez pas censés sortir un album?

Tomi : Oui, j’espère vraiment que ça va se faire, mais je suis trop occupé avec Amorphis en ce moment. Mais il est presque fini, il reste à faire le mixage. Après ça, j’espère qu’on va pouvoir le sortir.

MU : Mais pas de tournée?

Tomi : Non, juste quelques dates ici et là.

MU : Et Corpse Molester Cult?

       Tomi : C’est juste un band local avec mes amis. On va sortir un album, un EP, cette année.

MU : Cool! J’ai terminé mes questions… Merci! C’était pas mal long, je m’excuse!

Esa : Pas de problème! Merci!

MU : On espère vous voir en Amérique du Nord et au Canada l’an prochain!

Esa : Nous aussi!

Tomi : Ça, c'est génial! (En montrant le corset à la caméra)



 

MU : Bienvenue de ce côté-ci de l’Atlantique!

Tomi et Esa : Merci beaucoup!

MU : C’est super que vous soyez ici, c’est de la belle visite rare! Avez-vous eu le temps de profiter du festival un peu depuis votre arrivée?

Esa : Non, on est arrivé hier…

MU : Donc vous avez manqué Bloodbath…

Tomi : Oui, mais j’ai vu des photos sur Instagram, donc c’est comme si je les avais vus!

MU : Sauf que tu ne les as pas entendus…

Tomi : Non... En fait, j’étais trop paresseux pour aller au festival. Aujourd’hui, j’aurais eu plein de temps, mais j’étais trop fatigué à cause du décalage horaire. Ce n’est pas une bonne excuse, je sais.

MU : Vous profitez plutôt du beau temps.

Tomi : Oui. Mais je pense qu’on va avoir l’occasion de les revoir à Tuska en Finlande.

MU : Je crois que c’est votre troisième spectacle depuis le début de l’année, après le 70000TONS en janvier et Ragnarök le mois dernier. Parlant du 70000TONS, en quoi votre expérience a-t-elle été différente cette fois, étant donné que c’était votre deuxième croisière et que vous saviez à quoi vous attendre de ce festival de fou? Qu’avez-vous apporté de différent dans vos valises?

Esa : Moins de vêtements! Haha! Le bateau était plus gros. C’était le fun, vraiment relax. La dernière fois, nous étions allés au Mexique. Ah, et nous avions aussi fait un spectacle à Los Angeles. Cette fois-ci, nous sommes venus seulement pour le 70000TONS. Nous sommes allés quelques jours à Miami Beach. Nous avons pris le temps de relaxer et de profiter du voyage comme si c’était des vacances. C’est une belle croisière, avec beaucoup de gens bien.

MU : Beaucoup de gens saouls aussi!

Tomi : Pas tant que ça, comparativement au traversier en Finlande.

Esa : Tu devrais essayer une croisière en Finlande!

Tomi : Les gens sur cette croisière métal sont vraiment polis. Aucune bataille ou autre truc du genre.

MU : Les Finlandais ne se battent pas?!

Tomi : Non, mais ils sont tout le temps défoncés! Sur le 70000TONS, les gens se conduisent bien. Sur le traversier en Finlande, c’est un désastre total! Mais c’est le fun de faire cette croisière métal. C’est complètement différent. Il y a beaucoup d’excellents groupes. J’ai vu Napalm Death deux fois, et Venom. C’était génial. J’espère vraiment qu’on va pouvoir y retourner.

MU : Moi aussi!

Aujourd’hui, vous jouez Tales from the Thousand Lakes dans le cadre de la tournée anniversaire. Ça doit sûrement vous rappeler plein de beaux souvenirs de jouer ces chansons? Avez-vous l’impression de retomber à 20 ans, ou est-ce que ça vous fait plutôt sentir vieux?

Esa : Ça ne nous rajeunit certainement pas! Haha! Cet album remonte à très longtemps. C’est plaisant de rejouer ces chansons. Nous n’aurions pas pu offrir ce niveau de production à l’époque, lorsque l’album est sorti. Le son de nos spectacles était merdique dans ce temps-là. Ce qu’on présente aujourd’hui est plus au goût du jour. Mais c’est vraiment le fun! Il y a certaines chansons de Tales qu’on joue souvent…

MU : Oui, deux-trois que vous faites pas mal à tous les shows.

Esa : Oui, mais là, on les joue toutes. C’est le fun.

MU : D’où vous est venue cette idée de tournée anniversaire? Diriez-vous que c’était davantage un cadeau pour les vieux fans ou un cadeau pour vous-même, en tant que groupe?

Esa : On reçoit un meilleur cachet! Haha!

MU : Comment ça? Il y a plus de monde quand vous jouez les vieilles chansons?

Esa : Haha! Non, je ne me souviens pas d’où est venue l’idée, en fait.

Tomi : Je pense que ce sont les gars de Nuclear Blast qui nous en avaient parlé il y a plusieurs années. Ils disaient que ce serait bien de faire des spectacles avec les vieilles chansons de Tales. Je ne sais pas quelle était la « raison ». Mais je trouve que c’est cool de voir autant de gens venir à ces shows. On sait que nous avons beaucoup de vieux fans qui n’écoutent que les deux ou trois premiers albums. C’est intéressant de voir le nombre de personnes qui viennent. Évidemment, ce n’est pas la seule raison.

Esa : Je pense que c’était durant l’une des dernières parties de la tournée pour Circle. Nous avons parlé de l’idée ensemble. Étonnamment, tout le monde était d’accord pour dire que ce serait amusant. Et c’était une période où nous avions des dates disponibles, avant de commencer à travailler sur le nouveau matériel.

MU : Amorphis fête ses 25 ans d’existence cette année. Félicitations! Un quart de siècle… en parlant de vieux! Haha! J’ai entendu dire que Markus Laakso prépare un livre sur vous. À quoi peut-on s’attendre dans ce livre exactement? À part plein de mots finnois que je ne comprends pas…

Esa : On espère qu’il va être traduit!

Tomi : En français, bien sûr!

MU : Juste pour nous!

Esa : Je pense que c’est un livre très honnête sur le groupe. Nous n’avions pas vraiment de filtre.

MU : Ça va parler de votre histoire, avec plein de photos?

Tomi : Oui, je pense que ça va être plus un livre sur notre histoire. Ça ne sera pas… Je pense que la majeure partie va parler des débuts du groupe.

MU : Donc tu ne seras pas dedans!

Tomi : Non, juste quelques commentaires ici et là…

Esa : Il va être à la dernière page! Haha!

Tomi : Je pense que la partie la plus importante et intéressante du livre sera celle sur les débuts. C’était une période charnière pour la scène death métal.

MU : Et de nos jours?

Tomi : Je ne sais pas! Ce que je veux dire, c’est que c’est surtout un livre d’histoire, pas un livre de potins. Pas d’histoires compromettantes…

Tout le monde : C’est poooooooche…

MU : Cette année, ça fait 10 ans que vous avez les mêmes membres au sein du groupe. C’est vraiment cool, félicitations! Mais ça ne doit pas toujours être facile de s’endurer? Qui parmi vous six a le plus mauvais caractère?

Esa : Les autres gars!

MU : Évidemment, la réponse facile! Haha!

Esa : Oui, ils sont horribles! Non, justement, et je pense que c’est l’une des raisons pour laquelle nous sommes ensemble depuis si longtemps.

MU : Vous êtes tous si gentils! …ou avez tous mauvais caractère?

Esa : C’est ça! Haha! Non, je pense qu’on s’entend bien ensemble. Évidemment, on a tous des journées plus difficiles, c’est ça la vie. Mais on n’a pas de grosses querelles. On essaye de se dire rapidement les choses qui nous dérangent, d’en parler tout de suite… ou pas! Haha!

MU : Ou pas! Vous buvez pour oublier!

Tomi : Ouin! Ouin… Je ne me souviens plus qui nous disait ça, justement, que c’était bizarre qu’on ne se chicane jamais… Est-ce que c’était notre producteur actuel?

 Esa : Jens? Je pense que c’était Jens, oui.

Tomi : Oui, Jens Bogren, qui produit notre nouvel album. Il disait que dans presque tous les groupes, il y a quelqu’un qui est plus « difficile ».

MU : Justement, c’est ça que je voulais savoir! Vous ne me donnez rien, là!

Tomi : Mais ce n’est pas notre cas! Haha! Je pense que c’est cool. C’est vraiment facile de partir en tournée quand on peut tous voyager dans le même autobus sans se chicaner.

MU : Ça veut dire que vous allez rester ensemble pendant encore 20 ans?

Tomi : Ouf, je ne sais pas…

MU : Il y a deux ans, vous avez fait une grosse tournée mondiale pour promouvoir Circle. Mais l’Amérique du Nord et le Canada ont été exclus. Vous avez souvent parlé de revenir en tournée ici ces dernières années. Pourquoi ça n’a pas encore fonctionné? Parce que tu perds la voix chaque fois que vous venez en tournée ici?

Tomi : Oui, c’est ça!

MU : Donc vous faites exprès pour nous éviter!

Esa : Évidemment que nous y pensons constamment. On se disait que ce serait super de faire quelque chose.

MU : Oui, parce qu’une seule date… Et on a dû voyager 1000 km pour venir vous voir!

Esa : Ce n’est pas aussi simple. À nos débuts, on est venu très souvent ici. Puis à un certain moment, on ne voyait plus… Comment je pourrais dire ça d’une façon correcte… On ne voyait plus l’intérêt de venir en tournée ici. Il y a seulement les grosses villes qui rendent une tournée possible. Une fois, par exemple, nous avons donné six concerts uniquement dans l’état de New York. Et le seul qui était plein était celui dans la ville de New York. Les autres n’étaient que du « remplissage ». On a commencé à se dire que ce n’était plus pertinent, que ça n’aidait pas notre carrière. Mais ça reste que nous y pensons tout le temps.

MU : Donc vous ne nous avez pas complètement abandonnés?

Tomi : Non, vraiment pas! C’est vraiment difficile et dispendieux. Évidemment, c’est beaucoup plus facile pour nous de faire des tournées en Europe.

MU : C’est plus près de chez vous.

Tomi : Ce n’est pas juste ça. Mais, dans un sens, oui. Quand on part en tournée en Europe, on n’a pas à voyager 1000 km par jour. Aux États-Unis, il faut faire environ 30 spectacles. Et là-dessus, il y a peut-être 10 spectacles qui sont pleins. C’est cool, mais c’est tellement cher. Et on ne veut pas voyager dans une fourgonnette parce qu’on est vieux et on a mal au dos! Haha! C’est aussi notre gagne-pain. C’est difficile de rentrer à la maison après 5 ou 6 semaines avec les poches vides! Et ça dépend aussi des offres qu’on reçoit.

Esa : C’est difficile à expliquer. Mais oui, si quelque chose d’intéressant se présente…

MU : Pour le nouvel album, peut-être?

Esa : On l’espère!

MU : Vous êtes très productifs, vous sortez un album tous les deux ans. D’ailleurs, vous venez tout juste de terminer l’enregistrement du successeur de Circle. Pouvez-vous nous parler de la direction que vous avez prise avec ce nouvel album, avec le nouveau directeur?

Esa : Je pense que ça va être un album assez surprenant.

MU : Même son que Circle? Plus heavy?

Esa : En partie, oui, probablement un peu plus heavy. C’est vraiment dur à dire. Jens est en train de faire le mixage. Mais ce qu’il a fait jusqu’à maintenant, c’est très très bon. Il y a quelques musiciens invités. C’est quoi son nom… Chrigel de Eluveitie. Il joue de la flute. Quoi d’autre… Il y a aussi Lopez, l’ancien drummer de Opeth, qui joue du tambour. À l’étape de la pré-production avec Jens, il voulait augmenter le tempo. Je ne pense pas qu’il y ait de chanson lente…

Tomi : Non, il n’y a pas vraiment de ballade. Pas cette fois. Jens déteste les ballades! Mais c’est dur à dire parce qu’on a enregistré 13 chansons et il va y en avoir seulement 10 sur l’album.

MU : Les autres vont être des bonus?

Tomi : Oui. On n’a pas encore décidé lesquelles vont être sur l’album. Je pense que Jens va avoir son mot à dire là-dessus. Donc on ne sait pas encore à quel point ça va être heayv. Mais je pense que ça va être très rapide. Pas de grindcore, mais rapide.

MU : Beaucoup de growls?

Tomi : Oui, bien sûr. Et aucune ballade.

MU : Pourquoi avez-vous décidé de changer de directeur encore une fois et choisi Jens? J’ai cru voir que vous battez vos directeurs. Peut-être qu’ils ne veulent plus travailler avec vous?

Esa : Non…

MU : Non? Tu ne les frappes pas avec ta guitare?

Esa : Ah, oui! Haha! En fait, nous avions pensé à Jens avant de commencer à travailler avec Peter pour Circle. Mais nous avons finalement contacté Peter parce que nous voulions faire un album avec lui. C’était un bon jack… Ehhh, il l’est toujours!

MU : Ouais, il est mort maintenant.

Esa : Haha! Ouais, ça sonnait comme ça! Non non, c’est vraiment encore un bon gars! Je ne sais pas. Nous nous sommes dit que Jens pourrait probablement apporter quelque chose de plus, quelque chose de nouveau à notre musique. On voulait surtout quelqu’un de l’extérieur pour venir répéter et faire la pré-production avec nous. Ce que Jens a fait pour nous est vraiment, vraiment bien, je pense. Il est très précis sur tout, tous les détails. Je comprends très bien pourquoi les groupes veulent travailler avec lui. Ça me rend nerveux parce qu’il te fait jouer comme personne d’autre.

MU : C’est un perfectionniste.

Esa : Vraiment. C’est parfois frustrant, par contre. D’habitude, je finis la guitare en 3 ou 4 jours maximum en studio. Mais lui, il voulait 2 semaines! Au départ, c’était 3 semaines! Mais comme on était pressé, on avait seulement 2 semaines. Et là, je me disais « 2 semaines pour la guitare… »

MU : T’es si mauvais?!

Esa : C’est ça! Mais c’est un gars qui accorde beaucoup d’importance aux détails, dans tout. Il vit les chansons, je pense qu’il les connaît encore mieux que nous. C’est incroyable.

Tomi : C’est un vrai producteur. Il a plein d’idées et quand il a quelque chose en tête, il y tient. Il est toujours ouvert aux autres idées, mais… je pense qu’il veut vraiment y aller avec les siennes! Haha! Mais c’est plaisant de travailler avec quelqu’un qui de fortes opinions sur la musique. Quand il a une idée, c’est une idée réfléchie. Il ne décide pas seulement qu’il veut faire quelque chose d’une telle façon parce que c’est ce qu’il veut. Il y a toujours une raison. Il est très professionnel. Je ne sais pas comment il fait pour travailler autant. C’est un maniaque!

MU : Surtout s’il fait ça avec tous les groupes!

Tomi : Oui! Une autre raison pour laquelle nous voulions travailler avec lui : il a fait de l’excellent boulot avec Orphaned Land. Ils ont enregistré leur album avec lui, et c’est un excellent album. Mais c’était une bonne chose à faire. Je pense que nous sommes chanceux parce que maintenant, il ne fait plus que deux albums par année, environ.

MU : Donc il vous a choisi.

Tomi : Si on veut. Il aime faire du mixage, donc c’est ce qu’il fait la majeure partie du temps. Mais il veut aussi produire deux ou trois groupes par année.

Esa : Ouais. C’est super d’avoir fait un album, mais de ne pas savoir du tout comment il sonne! Haha! On ne l’a même pas encore entendu!

Tomi : C’est la vérité! Il a une porte dans son studio qui n’a seulement qu’une poignée à l’intérieur!

MU : Ok! Donc ne pouvez pas entrer! Je ne peux même pas essayer de vous corrompre pour avoir plus d’information sur le nouvel album parce que vous n’en avez pas!

Tomi : Exact. C’est une façon polie de nous dire de crisser le camp! On n’est pas les bienvenus! Haha! Mais c’est correct comme ça. Je comprends très bien, il a besoin de se concentrer.

MU : J’espère que vous allez aimer le produit fini!

Tomi Je ne sais pas, je ne l’ai pas entendu!

MU : Vous avez commencé votre carrière avec le Kalevala, puis vous vous en êtes éloignés pendant un certain temps avant d’y revenir avec Elegy. Une fois de plus avec Circle et le nouvel album, vous laissez le livre de côté. Avez-vous une relation d’amour-haine avec le Kalevala?

Esa : Je ne le vois pas comme ça. Nous faisons maintenant appel à un parolier, Pekka. Il est excellent dans ce qu’il fait et il apporte de très beaux thèmes.

MU : Donc c’est lui qui décide?

Esa : Tomi pourrait t’en dire plus sur les paroles.

Tomi : Quand Pekka commence à travailler, il a un peu carte blanche. Cette fois, il n’avait pas d’histoire conductrice. Il a composé des poèmes et me les a envoyés.

MU : Sur la nature?

Tomi : Je crois que ça cadre bien avec notre musique. Il y a de grands thèmes, comme toujours, sur les animaux et la nature, des réflexions intemporelles sur la vie, de vieilles croyances. Des trucs du genre. C’est quand même inspiré du Kalevala. Ces thèmes ont beaucoup d’importance pour Pekka. Pour lui, c’est très facile d’écrire ce genre de paroles. Jens aime beaucoup l’album aussi parce qu’il travaille habituellement avec des groupes dont les paroles sont axées sur la guerre, les épées, la violence et tout ça. Mais dans le nouvel album d’Amorphis, on parle de fleurs, de nature, de belles choses…

MU : De fées…

Tomi : Oui, de fées! Haha! Mais il aimait vraiment les paroles. Selon lui, c’est de la véritable poésie. Quelque chose de différent.

MU : Comment ça fonctionne, quand vous êtes à l’étape de la pré-production? Tu n’avais probablement pas les paroles en main. Tu faisais quoi, tu fredonnais?

Tomi : Ouais, on arrange les paroles en fredonnant!

Esa : C’est la façon la plus difficile de faire! Haha!

Tomi : Pekka les écrit en finnois, puis il faut les traduire. Et ensuite, on doit les faire concorder avec la musique. C’est vraiment compliqué.

MU : Donc les paroles sont seulement prêtes au moment de l’enregistrement?

Tomi : En fait, cette fois-ci, il y avait un gars de Finlande avec nous à l’étape de la pré-production. Ça lui a pris six jours à harmoniser les paroles avec la musique.

MU : Donc tu les as eues assez tôt.

Tomi : Pas si tôt, mais quand on est entré en studio, les paroles étaient prêtes et c’était la première fois. Normalement, on les arrange en studio et c’est crissement stupide. Mais d’un autre côté, c’est le fun de faire ça comme ça. Quand tu commences ta journée, tu ne sais pas à quoi t’attendre. Ça garde les choses intéressantes, d'une certaine façon. Mais c’est très stressant.

MU : Parlant des paroles, tu as dit dans une autre entrevue : « Les paroles sont très finnoises, dans un sens. Mon ami qui s’occupe de les traduire trouve ça très frustrant, parce qu’il y a souvent de belles tournures avec les mots et la langue, mais ça se perd avec la traduction. » Cela étant dit, pourquoi insistez-vous pour traduire vos paroles en anglais?

Vous aimez vraiment votre ami traducteur et voulez lui donner une job?

Esa : C’est des questions difficiles!

MU : As-tu déjà essayé de les chanter directement en finnois pour voir comment ça sonne? Je pense que vous avez déjà fait une chanson en finnois?

Esa : Ça sonne stupide! Haha!

Tomi : Ça serait étrange. Évidemment que ça serait plus facile pour nous, mais ça serait un peu bizarre. On utilise l’anglais depuis si longtemps, et ça sonne mieux. Il y a beaucoup de groupes finlandais qui chantent en finnois aujourd’hui, ce n’est plus aussi étrange qu’avant. Mais je pense simplement que l’anglais sonne mieux.

MU : Mais on perd quelque chose.

Tomi : Oui, mais je pense que la plupart des gens écoutent davantage la musique que les paroles. Et de toute façon, quand on growl, il n’y a rien à comprendre. C’est toujours la même chose.

Esa : Mais t’as chanté une de nos chansons en finnois l’été dernier?

Tomi : Oui, à Savonlinna.

Esa : Ça sonnait vraiment stupide! Haha!

Tomi : Non! Ok, je m’en vais! Haha! Oui, c’était le fun. En fait, ce n’était pas si bizarre, parce que c’était seulement des growls.

MU : Personne n’a vu la différence?

Tomi : Non!

MU : Pour Circle, vous avez commencé le processus d’enregistrement dans un studio isolé à la campagne. Je vais citer Tomi Koivusaari : « Nous avons choisi Petrax pour que tous les membres du groupe soient en studio 24 heures sur 24. D’habitude, nos meilleures idées nous viennent en tournée lorsque nous sommes saouls. Nous voulions recréer cette atmosphère en studio. » Pour le nouvel album, vous êtes allés enregistrer à Stockholm. Terminé, le contexte isolé? Avez-vous été trop saouls et trop intimes la dernière fois?

Esa : Saouls… idées en tournée… Je ne suis pas sûr de ça!

MU : C’est lui qui l’a dit!

Tomi : Mais il est toujours saoul!

Esa : Ça explique tout!

MU : Il devrait être ici pour nous le dire!

Esa : Non, il est inconscient!

Tomi : Mais en fait, ce n’était pas dans le centre-ville de Stockholm. Ce n’était pas la campagne campagne non plus.

Esa : En banlieue. On a été pogné ensemble pendant…

Tomi : Combien de jours? Six jours? Une semaine? Mais on a seulement enregistré la batterie là-bas. On a enregistré la batterie à Stockholm et les autres instruments à Örebro. C’est là où Jens habite. Il a un studio là-bas.

MU : J’imagine qu’une gang de Finlandais saouls dans l’autobus ou en studio, ça doit avoir des idées pas mal stupides! Est-ce que vous avez eu des idées stupides qui ne se sont pas retrouvées sur l’album?

Tomi : On a souvent plein d’idées, mais personne ne s’en souvient le lendemain matin!

Esa : Tout le monde crie, personne n’écoute! Tout le monde parle en même temps.

Tomi : Toujours les mêmes histoires.

Esa : C’est aussi un signe quand on vieillit, on commence à se répéter. Mais oui… qu’est-ce que j’allais dire… Merde! Ah oui! On n’avait pas le droit de boire au studio! Jens était très stricte là-dessus.

Tomi : C’était vraiment chiant quand il est arrivé au studio. Notre frigo était plein de bière. Il était comme « QUOI?! »

Esa : On avait amené toutes ces caisses de bière du traversier. On est arrivé là avec tout ça, et il était comme « Oh mon dieu! Et vous puez le fond de tonne en plus! » Il nous a même dit qu’on est le groupe le plus malodorant avec qui il a travaillé! Haha!

MU : C’est bon à savoir! Haha!

Tomi : Yeahhhhhhhh! [Exclamation d’un gars un peu trop fier de puer!]

MU : En parlant de souvenirs, vous êtes plusieurs à avoir mentionné dans vos biographies sur le site Web que votre souvenir le plus comique de tournée avait été de « jouer au plus malin » avec des agents frontaliers américains. Qu’est-ce qui s’est passé? Je suis curieuse, j’ai essayé de trouver plus d’information, mais en vain!

Esa : Haha! Ça! On s’est fait arrêter par des patrouilleurs autoroutiers.

MU : Vous alliez trop vite?

Esa : Non, ils cherchaient de la drogue. On lui a dit « Hey, on est un groupe rock de Finlande. On boit, mais on n’est pas assez stupide pour transporter de la drogue dans l’autobus. » Ils ont sorti les chiens renifleurs et tout.

Tomi : Je pense que c’est typique dans ce coin-là.

MU : C’était dans le Sud des États-Unis, je suppose?

Esa : Oui, ça l’était. Je pense que c’était au Nouveau-Mexique. Oui. Et là, il nous a dit qu’il fallait sortir de l’autobus. C’était très tôt le matin. « Vous devriez avouer! Si nous trouvons quelque chose, vous allez être dans le trouble! » On lui a répondu qu’on n’avait vraiment rien. Et là, il a dit « Ok, vous voulez jouer au plus malin, on va jouer au plus malin! » Après avoir fouillé l’autobus pendant un moment, il est sorti avec un petit motton de poussière ou quelque chose du genre. « Regardez ce que j’ai trouvé! Je vous ai eu! » Ils voulaient jouer au plus malin!

Tomi : On a joué au plus malin! Super partie!

MU : Tu l’as finalement fait, tu as finalement coupé tes rastas tout-puissants. Tu n’as pas eu peur de perdre ta puissance vocale en les coupant?

Tomi : Je l’ai perdue!

Esa : Ce n’était même pas des vrais cheveux!

MU : Ahhhh! Des extensions!

Esa : Accrochées sur une casquette, là.

Tomi : C’était un souvenir de la Jamaïque.

MU : Parce que certaines personnes semblent penser que tout est dans les rastas!

Esa : Ça expliquerait certaines choses!

Tomi : Je ne sais pas. Je voulais les couper. L’été arrivait et c’est vraiment tannant en été…

MU : Mais tu les avais depuis toujours, t’étais pas né avec?

Oui, je suis né comme ça.

MU : Avant d’interviewer un groupe, j’aime faire mes recherches pour poser des questions semi-pertinentes… Ce faisant, je suis tombée sur quelque chose de particulièrement… intéressant sur toi! Shemale Baby?! Pourquoi?!

Tomi : Pourquoi pas?

MU : Mais… mais… c’est quoi cette idée?

Tomi : As-tu un problème avec ça?

MU : Non, non, non! Pourvu que tu gardes ta voix, tu peux porter tous les corsets et tout le maquillage que tu veux!

Tomi : Haha! Je pense que c’est un super nom de groupe. Bi-Bubba Lula & The Shemale Babies. C’est crissement bon comme band de rock n’ roll.

MU : Est-ce que c’était juste une fois?

Tomi : Non, c’est un groupe hommage à Turbonegro. On adore ce groupe et on voulait faire quelque chose de spécial. C’est truc avec des amis de ma ville. On joue du Turbonegro et on s’amuse.

MU : Est-ce que je peux te donner quelque chose pour compléter ton costume de scène?

Tomi : Oui, bien sûr! J’espère que c’est un dildo.

MU : Non, c’est mieux que ça…

Tomi Ah ok, c’est le tien…

MU : …

C’est un beau corset!

Tomi : Ohhhhhh! Super! C’est hot en criss! Merci!

Esa : Il va falloir que tu le portes!

MU : Oui, il va falloir.

Tomi : Je promets que je vais le porter.

MU : Vraiment?

Tomi : Oui, bien sûr!

MU : Et qu’est-ce qui arrive avec tes autres projets, comme Sinisthra et Corpse Molester Cult? J’ai entendu dire que Corpse Molester Cult a été signé?

Tomi : Sinisthra n’est plus vraiment actif.

MU : Non? Vous n’étiez pas censés sortir un album?

Tomi : Oui, j’espère vraiment que ça va se faire, mais je suis trop occupé avec Amorphis en ce moment. Mais il est presque fini, il reste à faire le mixage. Après ça, j’espère qu’on va pouvoir le sortir.

MU : Mais pas de tournée?

Tomi : Non, juste quelques dates ici et là.

MU : Et Corpse Molester Cult?

       Tomi : C’est juste un band local avec mes amis. On va sortir un album, un EP, cette année.

MU : Cool! J’ai terminé mes questions… Merci! C’était pas mal long, je m’excuse!

Esa : Pas de problème! Merci!

MU : On espère vous voir en Amérique du Nord et au Canada l’an prochain!

Esa : Nous aussi!

Tomi : Ça, c'est génial! (En montrant le corset à la caméra)

Lu 4143 fois Dernière modification le jeudi, 11 juin 2015 03:26
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