La mythique Cage aux Folles, cette pièce de Jean Poiret devenue une institution, reprend ses quartiers à Paris. Après avoir fait salle comble au Théâtre du Châtelet, cette production française survitaminée, signée Harvey Fierstein et Jerry Herman, pose ses valises à la Seine Musicale du 30 octobre au 14 novembre 2026. Et pour ceux qui auraient manqué le coche, c’est l’occasion rêvée de retrouver Laurent Lafitte dans le rôle iconique de Zaza.
On oublie tout de suite les vieux clichés poussiéreux : sous la mise en scène d’Olivier Py, le spectacle renoue avec son essence profonde, celle du cabaret. L’histoire, on la connaît — ou on croit la connaître : Georges, propriétaire d’une boîte de drag queens à Saint-Tropez, vit un bonheur tranquille avec son compagnon Albin, alias Zaza. Mais le quotidien bascule quand Jean-Michel, le fils de Georges, annonce son mariage avec Anne, la fille d’un politicien ultra-conservateur. Pour éviter le scandale, le jeune homme somme ses parents de jouer la comédie et de se grimer en famille « traditionnelle ». Une trame qui, bien au-delà du rire, explore avec une tendresse infinie les thèmes de l’identité, de la filiation et de l’acceptation.
Il est loin le temps où il fallait impérativement avoir vu les films de 1978 ou l’adaptation américaine avec Robin Williams pour apprécier l’œuvre. Cette version est une claque visuelle, débordant de strass, de plumes et de boas virevoltants, et surtout d’une autodérision salvatrice. Laurent Lafitte est ici méconnaissable. En Zaza, diva exubérante, il déploie une énergie insoupçonnée, chantant et dansant avec une aisance qui surprend autant qu’elle séduit. Il ne porte pas le spectacle seul pour autant : la troupe, véritable constellation de queens, transforme chaque tableau en une ode à l’excentricité.
La magie opère parce que le public n’est pas qu’un simple spectateur. Le décor, tournant, nous fait passer des coulisses aux appartements de Zaza, de la ruelle à la plage, nous immergeant totalement dans ce cabaret où les interactions avec la salle et les répliques improvisées brouillent les pistes entre réalité et fiction. C’est un joyeux chaos, osé et parfaitement maîtrisé, qui prouve, s’il le fallait, que ce classique a encore beaucoup à dire.
Loin des paillettes parisiennes, la scène théâtrale continue de vibrer avec une toute autre énergie, notamment à Pagosa Springs. La troupe communautaire Curtains Up Pagosa s’apprête à faire trembler les planches du lycée local avec « School of Rock, the Musical ». Ici, pas de Zaza, mais Dewey Finn, un rocker en échec qui, pour payer son loyer, usurpe l’identité de son colocataire pour devenir professeur remplaçant dans une école prestigieuse.
Le projet est d’une ambition folle : réunir 49 acteurs, des plus jeunes aux plus aguerris, pour porter les compositions d’Andrew Lloyd Webber. C’est une aventure humaine autant qu’artistique, orchestrée par Krisha Doocy et Jeannie Abbas. En seulement huit semaines, ce groupe hétéroclite a réussi le tour de force de monter un spectacle qui, de l’hymne rock « Stick It to the Man » aux ballades plus mélancoliques comme « Where Did the Rock Go », promet une intensité rare. Que ce soit dans l’effervescence d’un cabaret tropézien ou sur la scène d’une école américaine, le théâtre démontre une fois de plus sa capacité à fédérer, à transformer les hésitations en force et à rappeler, avec humour ou fracas, que les meilleures histoires sont souvent celles où l’on accepte enfin d’être soi-même.