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Pop Culture

Identités musicales en mouvement : du rock australien vintage à l’ascension de la P-pop

L’étonnant retour en force de Mental As Anything

Voir des dizaines de milliers de supporters de football écossais hurler les paroles d’une chanson pop australienne comme s’il s’agissait d’un cri de guerre a de quoi surprendre. Cette scène, particulièrement surréaliste, ouvre d’ailleurs le documentaire Live It Up: The Mental As Anything Story, attendu dans les salles australiennes le 5 mars. Reg Mombassa, le guitariste du groupe, s’en amuse encore ouvertement depuis la cuisine de sa maison de Glebe. Ce phénomène inattendu a vu les fervents fans des Rangers s’approprier leur tube de 1985, Live It Up, propulsant le morceau au sommet des hit-parades britanniques. Aujourd’hui, plus de quatre décennies plus tard, Mombassa et son frère bassiste, Peter O’Doherty, reprennent la route avec une toute nouvelle mouture de la formation.

De l’école d’art aux désillusions de l’industrie

Le film retrace avec précision l’épopée de ces étudiants en art dont le simple passe-temps s’est transformé en une véritable machine à tubes. Au-delà du succès international et des disques de platine, l’histoire met en lumière les ingérences des studios, les problèmes d’alcool persistants et les inévitables batailles juridiques. Cette nouvelle ère pour Mental As Anything a débuté concrètement juste avant Noël, lors d’un grand concert à Manly, dans la banlieue balnéaire de Sydney. Devant un public intergénérationnel de 800 personnes reprenant les refrains en chœur, Mombassa avoue avoir ressenti un profond soulagement. Le groupe abordait l’événement avec nervosité, n’ayant pas joué ces morceaux depuis près de 25 ans et manquant cruellement de répétitions. La genèse du projet remonte pourtant à 1976. À l’époque, Mombassa et Martin Plaza fondent le groupe sur les bancs du Sydney College of the Arts. La voix exceptionnelle de Plaza associée au jeu de guitare atypique de Mombassa forgeait une signature sonore reconnaissable entre mille. Ils ont rapidement été rejoints par O’Doherty à la basse, l’étudiant Dave Twohill à la batterie et Andrew « Greedy » Smith aux claviers, à l’harmonica et au chant.

Le poids des labels et la perte d’authenticité

Dès 1977, l’arrière-salle de l’Unicorn Hotel à Paddington devenait le repaire incontournable de toute la jeunesse branchée, venue transpirer sur les mélodies pop excentriques du quintette. C’est précisément dans ce bouillonnement culturel que le producteur Cameron Allen et Martin Fabinyi ont fondé le label Regular, signant les Mentals comme tout premier artiste. Leur premier titre, The Nips Are Getting Bigger, fut un immense succès, ouvrant la voie à vingt-quatre autres entrées dans le Top 40 australien, un record absolu. Cependant, le passage chez le géant Sony en 1985 pour l’album Fundamental a semé les graines de leur déclin. Les budgets augmentaient considérablement, mais le contrôle artistique s’évaporait peu à peu. Le producteur américain Richard Gottehrer, célèbre pour avoir découvert Blondie, a privilégié les compositions mélancoliques de Greedy. Il a imposé un usage massif de boîtes à rythmes, détruisant l’alchimie organique que le groupe avait perfectionnée. Peter O’Doherty se souvient de cette période avec une immense amertume, se sentant totalement inutile en tant que musicien sur l’album suivant, Mouth to Mouth. La pression colossale de produire de nouveaux succès commerciaux a accentué les tensions internes. La situation était aggravée par leur réputation assumée de fêtards, le groupe ayant la fâcheuse habitude de vider l’intégralité de sa loge avant même de monter sur scène, un trait de caractère qui faisait paradoxalement partie de leur identité esthétique.

FINA : Quand la nouvelle génération redéfinit les codes

Si les légendes australiennes ont dû lutter ardemment pour préserver leur intégrité face aux exigences imposées par l’industrie, la jeune garde musicale impose aujourd’hui ses propres règles. Bien loin des conflits de direction artistique du passé, le tout nouveau groupe de filles philippin FINA assume pleinement son ADN culturel dès ses débuts. Soutenu par CreaZion Studios, GLXY Talent Management et le géant Universal Records, ce quintette composé d’Anika, Nala, Chill, Cia et Heaven espère apporter une couleur inédite à la scène P-pop. Leur singularité réside dans une intégration audacieuse et assumée d’instruments traditionnels philippins à une pop contemporaine pointue.

Un message d’acceptation et des rôles déconstruits

Leur premier single, Paramdam, dévoilé le 20 février dernier, est un titre dance particulièrement électrisant qui explore la connexion humaine, la liberté émotionnelle et nous rappelle que personne n’est jamais vraiment seul. L’acronyme FINA, signifiant « fine as you are » (bien comme tu es), véhicule un message clair d’émancipation et d’acceptation de soi. Le groupe se démarque d’ailleurs intelligemment des standards habituels de la pop asiatique en refusant catégoriquement les attributions de rôles traditionnels. Chez FINA, il n’y a pas de leader désignée, ni de chanteuse ou de danseuse principale. Les cinq artistes mettent simplement en commun leurs talents distincts pour enrichir le groupe, refusant de s’enfermer dans des titres fixes ou des cases rigides.

La mythologie philippine à la conquête du monde

L’aspect le plus fascinant de leur projet musical reste indéniablement leur profonde inspiration puisée directement dans la mythologie locale. Chaque membre incarne sur scène une créature folklorique spécifique, mêlant ainsi habilement légendes ancestrales et esthétique pop moderne. Anika représente l’aswang, une figure vampirique, tandis que Nala prend les traits du lobo, le loup. Chill incarne l’engkanto, une fée de la nature, Cia la sirena, et Heaven la diwata, une fée gardienne bienveillante. Selon Chill, cette démarche permet aux jeunes Philippines modernes de puiser dans le passé pour mieux se le réapproprier et le transmettre à travers l’art de la performance. Heaven abonde dans ce sens, soulignant leur volonté farouche de montrer au public international l’immense beauté des traditions philippines. La P-pop possède de multiples visages, et comme le rappelle justement Anika, il est grand temps de prouver que les artistes peuvent briller mondialement tout en célébrant avec fierté la complexité de leurs origines.